Dimanche 10 avril 2011 — Dernier ajout jeudi 14 avril 2011

Socrate

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Biographie

Socrate naquit en 470 av. J.-C. (troisième année de la 77e olympiade), à la fin des guerres médiques, sans doute au mois de mai (6 du mois thargélion), près d’Athènes, dans le dème d’Alopèce, dème qui faisait partie de la tribu d’Antiochide. Son père, Sophronisque, était sculpteur ou tailleur de pierres, et sa mère Phénarète, sage-femme. Socrate avait un demi-frère, Patroclès, fils du premier mari de sa mère. Peu de choses de sa jeunesse sont connues. Il reçut sans doute une éducation classique, que la loi athénienne obligeait un père à donner à son fils : gymnastique, musique (chant, danse1, apprentissage de la lyre2) et grammaire, ce qui implique l’étude d’Homère, d’Hésiode et d’autres poètes. Diogène Laërce cite le début d’un péan et d’une fable attribués à Socrate :

« Apollon Délien, salut, et Artémis, enfants illustres. Ésope dit une fois aux habitants de la ville de Corinthe de ne pas juger la vertu à l’aune de la sagesse d’un verdict populaire3. »

Socrate semble ne pas s’être contenté de cette éducation. D’après Maxime de Tyr, Socrate s’adressa à toutes sortes de maîtres dès sa jeunesse. Chose peut-être remarquable en ce temps, parmi ses maîtres, Socrate place plusieurs femmes. D’abord, vers 440 av. J.-C., Diotime, prêtresse de Mantinée, lui enseigna la science de l’amour, mais cette femme est peut-être un personnage inventé par Platon. Ensuite, Socrate fréquenta, de 441 av. J.-C. à 429 av. J.-C., Aspasie, la compagne de Périclès, célèbre tant par sa beauté que par son esprit. Socrate se serait instruit tout au long de sa vie : il dit être le disciple de Prodicos de Céos4, et il fréquenta les sophistes (Protagoras, Hippias d’Élis). Il aurait appris la poésie avec Événos de Paros, l’agriculture auprès d’Ischomaque et la géométrie avec Théodore de Cyrène, qui fut l’un des maîtres de Platon également. Il aurait été le disciple à Samos du physicien Archélaos de Milet. Il disait ne rien comprendre à Héraclite. Ces renseignements doivent cependant être considérés avec prudence, car les témoignages, sur ces points comme sur d’autres, ne concordent pas toujours. On a notamment souligné le ton ironique de Socrate lorsqu’il prétend être le disciple de quelqu’un5. Selon plusieurs témoignages, il est possible que Socrate ait exercé d’abord le métier de sculpteur, on lui attribue à tort ou à raison une statue des Grâces qui se trouvait devant l’Acropole6. D’après d’autres témoignages, il aurait été banquier. Selon Démétrios de Byzance, c’est Criton qui lui permit de vivre dans un certain loisir pour se consacrer à la philosophie. Il semble avoir disposé ainsi d’une fortune plutôt confortable. En revanche, d’après Platon, Socrate aurait vécu dans une grande pauvreté, et cette affirmation est confirmée par Xénophon7. Ce point est également confirmé par les surnoms dont l’affublent les comiques (cf. Eupolis ou Aristophane) : "le gueux", "le mendiant", "le va-nu-pieds", etc. Il a également été présenté comme un clochard, sale, se faisant battre par des individus exaspérés par sa manie de la discussion. Il semble qu’il se soit intéressé d’abord à la philosophie de la nature et aux spéculations de nature physique. Cet intérêt aurait été suscité par la rupture qu’entretenaient les philosophes pré-socratiques avec le surnaturel et le monde des dieux qui prévalaient jusqu’alors. Mais il semble qu’il ait ensuite été déçu par les explications purement causales d’Anaxagore8, et il s’éloigna rapidement de ces physiciens, déplorant leur explication matérialiste et le côté limité de leurs méditations basées uniquement sur la nature (φύσις). L’Apologie de Socrate affirme qu’il ne s’est jamais intéressé à de telles recherches, mais, dans son désir de justification, il est possible que Platon ait omis certains aspects de la jeunesse de Socrate, qui lui étaient peut-être même inconnus. Il semble aussi s’être particulièrement intéressé à l’art de distinguer le sens des mots, art enseigné par Prodicos, bien qu’il s’y réfère quelquefois avec ironie9.

Vers 435 av. J.-C., il commença à enseigner, dans la rue, dans les gymnases, les stades, les échoppes, au gré des rencontres. Vivant pauvrement10, n’exerçant aucun métier, il parcourait les rues d’Athènes vêtu plus que simplement et sans chaussures, dialoguant avec tous, en cherchant à les rendre plus sages par la reconnaissance de leur ignorance : « Ce que je ne sais pas, je ne crois pas non plus le savoir » (« ἅ μὴ οἶδα οὐδὲ οἴομαι εἰδέναι11 »). Il prétend avoir reçu pour mission d’éduquer ses contemporains : c’est Apollon « qui lui avait assigné pour tâche de vivre en philosophant, en se scrutant lui-même et les autres »12.